
Créée en 2004, l'association Gevalor basée à Olivet (45) a pour objet de promouvoir la valorisation des déchets des pays en développement dans le cadre du concept de développement durable, sur des bases à la fois scientifiques et pragmatiques.
Ainsi l'association développe un mode de valorisation des déchets urbains approprié aux pays du Sud en tenant compte des paramètres socio-économiques, géographiques et climatiques spécifiques à ces pays.
Ce projet est mené à Mahajanga, port et troisième ville de Madagascar avec ses 250000 habitants, en concertation étroite avec les autorités locales (Ville, Région et représentations régionales des ministères).
Dans l'état actuel des choses seulement le tiers des déchets urbains est collecté et stocké en décharge. Les déchets non collectés fermentent dans les rues et entretiennent des nuisances qui dégradent l'état sanitaire de la ville , tandis que les déchets stockés sur la décharge génèrent un gaz, le méthane , très nocif en tant que paramètre de l'effet de serre. Compte tenu du niveau de vie très bas des habitants et donc de ses ressources financières limitées, la Municipalité ne peut améliorer significativement cette gestion des déchets suivant les approches classiques (une valorisation du méthane produit demanderait trop d'investissements).
vec l'objectif de rationaliser cette gestion par généralisation de la collecte et valorisation des ordures sous forme de compost, GEVALOR a créé une association locale « Tananamadio » qui expérimente la production de compost à usage agricole à partir de la fraction organique des ordures ménagères de la ville. A Mahajanga, comme dans beaucoup de villes africaines, la matière organique constitue 70 % des déchets urbains (contre 30 % en France) et sa transformation en compost est une voie à privilégier : le climat chaud favorise un compostage rapide et les sols agricoles, en particulier ceux utilisés par le maraîchage
périurbain pour nourrir les citadins, sont friands de matière organique et d'éléments fertilisants contenus dans le compost.
Les retombées sont multiples : amélioration de l'état sanitaire de la ville, production d'amendements naturels , impact environnemental fort (limitation des décharges, réduction des gaz à effet de serre, remplacement d'engrais chimiques et pesticides importés, promotion de l'agriculture biologique, préservation et régénération des sols…), abaissement du prix de revient des aliments végétaux produits sur place et création d'emplois stables. L'un des défis du projet est de transformer durablement Tananamadio, qui emploie à l'origine 5 personnes pour trier manuellement des ordures, en une entreprise de plus de 100 personnes produisant et commercialisant environ 4000 tonnes de compost par an.
Le compostage, réalisé sous aération naturelle, permet de supprimer les émissions de méthane : dans le cadre du protocole de Kyoto, cette diminution de production de gaz à effet de serre permet l'accès à des financements, tant au niveau de l'investissement de départ qu'au niveau de l'exploitation : le FFEM a encouragé la demarche et l'association Good Planet finance le « bénéfice environnemental » lié à la suppression des émissions de méthane. Ce financement a fait de ce projet le premier à Madagascar à avoir bénéficié de crédits carbone . Un dossier monté dans le cadre des mécanismes de développement propre (MDP et VCS) démontre un gain de 150000 tonnes de CO 2 sur 10 ans .
La pérennisation du projet devra être basée sur 3 sources de revenus : la vente d'amendements agricoles, la rétribution par la Municipalité des tâches de service public réalisées et les financements liés à la suppression de production de méthane.
es aides obtenues jusqu'ici ont permis de tester la filière, d'abord suivant un processus entièrement manuel qui a permis de produire environ 200 tonnes de compost par an, puis en introduisant une dose raisonnée de mécanisation dans le cadre d'une unité expérimentale (trommel, bandes transporteuses, tri par rebond et adhérence) grâce à laquelle une capacité
d'environ 1500 tonnes par an est visée dès 2009. Les retombées financières correspondantes, associées à celles provenant de la production de cornes de zébu broyées, devraient permettre d'atteindre un équilibre financier en 2010.
Si la commercialisation du compost produit semble possible, sous réserve de la poursuite d'un effort important sur cet axe et de la fidélisation des clients actuels, des financements complémentaires sont encore recherchés pour sécuriser la production, c'est-à-dire :
L'objectif in fine est de généraliser cette approche à l'ensemble des ordures de la ville (dans une perspective à 3 ans, est envisagée une production de 4000 t/an, le potentiel total correspondant à environ 12 000 tonnes de compost par an). Une des clefs de la démarche étant le développement des ventes, il faudra veiller à faire croître la production en fonction de l'augmentation effective des débouchés correspondants.
e projet mène, en partenariat avec les autorités locales, une campagne de promotion et de démonstration agronomique auprès des utilisateurs; grâce à la permanence d'une agronome, volontaire du progrès. Le potentiel du marché apparaît grand: cultures ornementales de la ville, cultures maraîchères, riziculture, cultures biologiques d'exportation, cultures à finalité énergétique (jatropha) , reboisement, etc. L'association approfondit aussi sa connaissance des différents autres constituants des déchets et
des autres déchets organiques disponibles pour développer des filières de valorisation complémentaires.
La démarche de GEVALOR, basée sur les problèmes, les ressources et les besoins locaux, permet, tout en créant des emplois, de restituer aux sols périurbains la matière organique qui a alimenté les citadins ; elle paraît a priori généralisable à de nombreuses villes malgaches déjà intéressées (Diégo Suarez, Fort Dauphin, Fiftama, Tamatave, Moramanga, Nosy Bé, etc.) et africaines qui génèrent des déchets riches en matière organique intéressante pour le développement de leur agriculture périurbaine et disposent d'une main d'œuvre abondante et bon marché.
Il est à noter que Gevalor a reçu l'agrément de l'Administration fiscale française à délivrer des reçus permettant aux donateurs (particuliers ou entreprises) de bénéficier de réductions d'impôts à hauteur de 60 % du don.
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